La vie des humains s’en voit constamment compliquée par le rejet, ce rejet qui fait de nous des êtres dépendants, dépendants de nos pensées, dépendants de nos habitudes, dépendants de ce qu’on récupère en observant les autres.
J’ai beaucoup observé, analysé, en essayant de garder un regard intelligent sur les choses, un regard qui ne juge pas, un regard qui n’est pas issu de prérogatives dites fondamentales de nos existences, des prérogatives que je ne tiens plus à valider car je ressens en moi le besoin de rester libre.
Est-ce que je suis libre si je réagis d’une manière non visible à ma propre perception, à des situations où je met mon esprit en mode alerte, est-ce que c’est bien que mon esprit soit en mode alerte ? est-ce qu’il est normal que je sois dans ce mode ?
Le pire dans tout ça, c’est qu’apparemment, cela semble normal, c’est la norme de réagir au rejet par le rejet et de se retrouver isolé en conséquence, tout le monde fait ça, c’est une tradition psychologique qui fait que si on ne fonctionne pas ainsi, on se sent décalé. La personne qui te rejette fait office de méchant de l’histoire, de ton histoire en l’occurence car tu tiens à garder l’image de toi de quelqu’un de bien, tu fonctionnes quotidiennement pour préserver l’intégrité de ce « moi » auquel tu sembles accorder une si grande valeur. Ce « moi », qui est le voile que tes pensées posent devant tes yeux pour voir la vie comme tu penses vouloir la voir, il te donne l’impression que tu n’appartiens à personne, il se défend facilement si on lui révèle qu’il n’est pas libre. Il fonctionne à la compétition car il ne reconnait que ce qu’il veut empêcher, ce qu’il veut empêcher est la sensation qu’il ne contrôle rien. Il est obnubilé par le fait de gagner, gagner les choses, gagner sur les gens, gagner parce qu’il a la vérité sur les autres, son seul objectif est la victoire, la victoire est pour ton « moi » l’empêchement de la défaite, donc du rejet, ce qui évidemment une illusion.
Alors, quand il se sent rejeté, il renvoie la pareille pour retrouver la sensation de la victoire, on lui dit je ne veux plus de toi et il répond va te faire foutre; même en devenant agressif, il devient le gentil de l’histoire, celui qui subit le rejet de l’autre, celui à qui on prête de l’attention, c’est le contrôle qui le porte à ce stade.
Vis-à-vis de lui-même, il a besoin de se voir comme l’instigateur du rejet, alors quand il est rejeté le premier il met en place une réponse pour surenchérir, simplement pour se donner l’impression que c’est lui qui contrôle.
Ainsi, à force de désaccords et de fausses confrontations, il se retrouve seul, seul dans sa vie, seul dans son âme, alors qu’il ne le veut pas au fond de lui, il subit donc le contrôle qu’il a voulu donner dans une histoire qui semble se répéter encore et encore.
Rejeter:
Il a l’habitude que les gens autour de lui cherchent à le rejeter alors que lui ne sait même pas pourquoi, il ressent des effets étranges dans ces fréquentations, il sait que si quelqu’un lui plait, cette personne va le rejeter, il le sait au plus profond de lui. Amour, amitié, profession, toutes les situations sont propices au fait qu’il ne veuille pas se sentir rejeté par des gens qu’il affectionne; à force de se faire rejeter, il se méfie des gens qu’il apprécie et il leur colle l’étiquette du « probable rejet à venir », ce qui évidemment finit par arriver. Cela arrive tout simplement à cause de ce qu’il ressent quand une personne lui plait, il se dit que cette personne va le rejeter, c’est du rejet de l’autre. Il rejette l’autre émotionnellement, par anticipation car il a l’habitude de faire comme ça, il imagine les moments où l’autre va le rejeter et va ainsi donner à la relation le coup de grâce, c’est souvent à se moment que la relation se détériore car l’autre se sent forcément rejeté. Il rejette donc l’autre parce qu’il anticipe que l’autre va le rejeter, parce que c’est toujours comme ça que ça se fait et qu’il veut être l’initiateur du rejet, celui qui a l’impression d’être victorieux; en creusant encore plus, on va se rendre compte qu’il se rejette lui-même. Se rejeter lui-même consiste au fait qu’il ne considère pas qu’il a le potentiel pour garder le lien avec l’autre, en imaginant que l’autre va partir, il fait en sorte de se dire à lui-même qu’il ne vaut pas la peine d’être fréquenté, ce message, il se le passe à lui-même, au travers de ses actions de rejet. Il se passe le message qui dit qu’il n’est pas bon pour être fréquenté, ce message sous-entend qu’il n’est pas une bonne personne, c’est ce qui se dit à lui-même de manière totalement inconsciente, au travers de ses actes et de ses non-actes. Il ne se rend pas compte qu’il se passe le message que lui n’est pas bon pour être fréquenté, ce message ne passe pas par la petite voix qui l’accompagne quotidiennement et qui se fait entendre de manière non discrète, il est en arrière plan, c’est ce que j’appelle son fond de souffrance.
Il va donc évoluer dans la vie en communicant à chaque mots, chaque phrase, chaque posture, chaque attitude qu’il est quelqu’un de mauvais ou de faible qui n’a pas droit à de bonnes relations. Il va donc rejeter avant même de connaitre puisqu’il ne se considère pas comme quelqu’un de bon. Sa vie n’est faite que d’illusions déçues car il a la persuasion fondamentale qu’une illusion est quelque chose qui va le décevoir, c’est ainsi qu’il évolue, il se rejette totalement comme « ayant-droit » à ce qu’il rêve d’avoir; il prend chaque opportunité comme une occasion d’être déçu et va avoir une vie faite d’une acceptation de choses qu’il subit. Le pire, c’est qu’il ne le sait pas, sa croyance est si profonde qu’il n’arrive pas à se rendre compte que c’est lui qui crée le rejet de sa vie, sa croyance se lit par des regards extérieurs qui ont un angle de vue spécial.